samedi 22 novembre 2008

DéLIT

Délit : déliter, sortir du lit.

Il n'y a plus de moules, puisqu'on s'en sert, on joue avec. Mais encore des lits, des lits de carrière (faut voir Corneille). Des fluidités, des machines qui fonctionnent.

Délitées les pierres fendues dans le sens des couches de stratification. On disait aussi flipper : devenir fou, se perdre soi-même.

Commettre un délit. Commettre : ou mettre en vente, confier quelque chose à quelqu'un, ou désigner quelqu'un pour faire quelque chose, mettre aux prises deux personnes, mettre ensemble des matières liquides, comme mettre à exécution ; commettre, mettre ensemble : le signe de la rencontre, les thèmes de la faute, du devoir, de l'expression : mettre ensemble ce qui ne devrait pas aller ensemble, dans un monde respectant ses propres lois : un monde respectant ses propres lois ne peut persévérer.

Commettre un délit : mettre ensemble ce qui ne permet pas de persévérer dans le même être : persévérer dans l'être engage au risque d'être délité.

Les délits, ces rencontres, ces bricolages, ces stupéfactions, qui arrêtent et détournent, qui angoissent et fascinent. Commettre un délit : être délinquant à l'égard de sa propre voie, par les autres tracée, à travers eux, ce dispositif dans lequel nous jouons.

C'est être infidèle à Ulysse (il faut lire Adorno Horckheimer), cette éducation de l'homme occidental tel qu'il s'image lui-même : lui comme le monde n'admet pas dans son imagerie que ses lois doivent être transgressées pour qu'il ne meure pas tout à fait.

Être soi ce n'est pas répondre aux stimulis d'autrui dans des relations réciproques, ces vibrations que les neurologues étudient créant du lien social.

Les délits : ce qui, en me détournant de ma réalisation individuelle, permet par appuis extérieurs de m'engager dans une voie qui n'est plus moi, plus vraie, plus grande. Dans notre imagerie, folie n'a-t-il pas toujours rimé avec altérité ?

Commettre un délit, c'est soustraire à autrui, par un lien comme inopiné, la possibilité de disposer de soi. Thème de la prostitution : par la grande prostitution seule, on n'est pas possédé : thème mystique de la rencontre divine, loin d'être affaire de substances chimiques en connexions synaptiques.

Le désoeuvrement figure rarement dans les projets de recherche. Les sans desseins ne sont traitables que joignant un destin. Et celui-ci n'était pas un bouton demandant d'être activé, une possibilité paraissant claire autant qu'unique dans la rétroaction. Les délits étaient nombreux avant qu'émerge une ligne du chaos. Etudier le désoeuvrement ne serait pas la distincte description d'une belle oeuvre distinguée. Ce serait aborder le marasme, le sans-mots de la vie d'un être dont tous entendent disposer à besoin. Qui par le délit se trompe et trompe les autres et trompe ce que les autres veulent faire de lui, risqué piolet lancé dans l'inconnu, une vie qu'il ne maîtrise plus, une extension du domaine de sa vie, une danse, un saut, autospectateur mort.

Non-lieu et transition, le délit est une suspension.

DéLIT est le lieu fragile d'un procès-verbal partiel. Une tentative de rattraper, sans ramener, les évanescentes rencontres.

PS : les scientifiques se trompent sur un point fondamental. Aveuglés par leur position extérieure d'objectif spectateur, ils oublient autant la relation aux éléments humains ou non, que l'importance de la subjectivité (l'intersubjectivité déjà étant trop loin de ces positivistes, malgré le principe d'incertitude).

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