vendredi 12 décembre 2008

Les images du sociologue

Des salariés abordent les passants pour leur vendre des dons au profit d’entreprises humanitaires au discours marketing rôdé. Ils remplacent, sur le marché capitalisme de la compassion, de la culpabilité et de la bonne âme, tout militant allant embêter le gouvernement.

Le centre commercial est rempli de gens qui ne feraient rien sans rémunération. Ou par passion, ou par régression, ou par obligation sociale, ces trois formes du loisir. Ces formes de l’individualisme narcissique, investissement de soi et rentabilité. Celui qui aura toute la panoplie électronique, ou Zara, ou l’anus le plus large, celui qui brillera le plus dans son petit segment, semblable à tant d’autres, la hiérarchie drastique des mêmes, toute une mobilisation sur fond d’ennui et d’incroyance, l’engagement le plus léger au profit de la seule valeur sûre : faire bonne figure.


Le sociologue met-il au jour les types existants ? Ou ceux que les gens se représentent ? Ou encore, porte-parole ou artiste-médecin de la société dont il fait partie, hypostasie-t-il les représentations dont elle est porteuse ?

Difficile, et loin d’être évident, le sociologue, pensant, peut rarement prétendre n’être pas pensé. Il pourrait écrire comme Brautigan : « je me pense que ». Cette mise à distance lui offre une place nouvelle : au lieu d’élaborer un quelconque système autour de lui, plutôt que de prendre la parole dans un discours étirant l’espace et creusant le vide autour de lui, il projette ses pensées comme écran. Distinction de son espace et de celui de son propos. La multiplicité des espaces, sans être leur coordination holistique, image de ruche, image d’écume, introduit la dimension de la circulation : déambulation ou trajet, introduction du temps.

Une image est le début d’un temps. La création d’un espace sans temps commence avec une captation ; le temps, lui, par une mise en regard. Par exemple dans un cas on débutera avec un objet de recherche, dans l’autre par une question de départ.

Je crois dire cela dans le non-temps d’un espace désert.

Je dis cela comme fuite devant des images que je contourne après les avoir montées en écran par-devers moi : images de types. Le type consumériste, le type rationnel, le type traditionnel ; je vois là se redessiner devant mes yeux les autorités wébériennes ; et le type attaché (comme attachement sentimental, par exemple ; mais ne relève-t-il pas d’une autorité traditionnelle-charismatique vis-à-vis de soi ?). Ces images, entre-deux entre moi et les choses ─ loin d’être des projections, elles participent d’un dispositif qui ne vise pas à représenter le monde, explicite double, explicite autre.

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